Les « mobilistes », une approche humaine et positive de la mobilité
par Rémy Lombard | 22.07.10

« Beaucoup de moyens sont investis dans la mobilité. On se pose rarement la question de savoir s’ils ont une chance d’être utilisés », expose le directeur de l’agence iNx, Christian Werderer. Devant ce décalage, le cabinet iNx a développé l’observatoire Mobiliste, avec le Pôle Véhicule du futur. Il permet d’appréhender la mobilité de manière originale pour le compte d’adhérents publics ou privés.
Approcher la mobilité par le côté « humain »
« Il est généralement convenu que la mobilité est sociologique et sociale. Or, elle est aussi synonyme d’habitude et de routine », explique Christian Werderer. A titre d’exemple, ce dernier cite une étude de juin 2009 analysant les raisons pour lesquelles la politique menée en faveur du vélo par l’agglomération de Montbéliard ne remporte pas le succès escompté. Pour des raisons géographiques et culturelles, l’habitude de l’automobile persiste dans cette région. Elle reste une forme de confort et de réussite sociale. « Il faut mettre les bouchées doubles pour faire évoluer les mentalités », ajoute-t-il. Le concept de mobiliste dépasse ainsi l’idée de simple usager et se « place du côté de tous ceux qui sont mobiles », en y intégrant tous les points de vue (le mobiliste est à la fois parent, citoyen, usager, commerçant). L’agence iNx cherche à aller au-delà des techniques traditionnelles de marketing pour offrir « une vision transversale entre les modes de déplacement et les différents acteurs de la mobilité ».
Varier les techniques d’étude
L’observatoire a mis en place des dispositifs d’analyse sur-mesure, comme Voyage-accompagné qui permet de recueillir à chaud toutes les réactions in situ. Parmi l’ensemble des techniques mises en œuvre, Christian Werderer dégage trois approches. L’expérimentation consiste à « mettre le mobiliste dans une situation inhabituelle et à observer son comportement. Elle est du côté du changement, de la découverte ». Le reportage est du « côté de l’ethnographie, du vécu, un état des lieux d’une situation à un moment donné ». Enfin, le carnet de route est une réflexion « un acte construit, où le mobiliste écrit un carnet de bord de sa mobilité au quotidien ». Ces trois méthodes permettent en permanence de confronter et de mesurer l’écart entre ce que disent les gens et ce qu’ils font réellement.
Observer les tendances lourdes et les « signaux faibles »
Dressant un tableau de la mobilité dans trois pays (France, Allemagne, Suisse), les carnets de route ont mis au jour 3 types de comportements. Les ABistes en premier lieu : ce sont ceux qui « n’aiment pas les trajets, ils veulent aller le plus vite possible. Au moindre problème, ils s’énervent ». Viennent ensuite les sereins et actifs, qui s’occupent lors de leurs déplacements. Enfin, la dernière catégorie rassemble les personnes qui aiment voyager, considérant le déplacement comme un moment de vie. Dégager ces typologies permet d’émettre des recommandations personnalisées comme pour le cas de l’aménagement d’un aéroport (celui de Francfort en l’occurrence) : les ABistes ont besoin de l’information en amont, les sereins ont besoin de point-relais (kiosques à journaux).
Face à ces tendances lourdes, émergent des « signaux faibles ». Christian Werderer remarque qu’il existe une catégorie nouvelle de mobilistes : « Des gens favorables à l’écomobilité, déplorant l’absence de réalisations tangibles, commencent à se rebeller et entrent dans une phase de résistance passive ». Devant cette situation inédite, iNX promeut une mobilité positive, c’est-à-dire durable et agréable pour les humains.
Sous des axes inédits, des reportages ont été réalisés sur le pays de Montbéliard, Francfort, Genève, Aubagne et la Défense. Nourries des sciences cognitives et sociales, ces nouvelles visions sont, même pour des lecteurs avertis, source d’étonnement.
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Crédit photo : archives iNx
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