La gratuité des transports à Aubagne : pourquoi ça marche
par Elsa Sidawy | 26.07.10
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En passant la barre des 100 000 habitants dans l’agglomération, avez-vous eu droit à des subventions publiques ?
Oui, mais la plus grande source de financement des transports publics reste le VT. Aubagne abrite sur son territoire la zone industrielle des Paluds et avec elle Auchan, dont le chiffre d’affaires atteint 240 millions par an, le complexe Norauto et le plus grand Décathlon de France. Le taux est passé à 1,05 % et va passer à 1,75 % lorsque nous aurons le tramway en 2014 (ndlr, le taux du VT peut augmenter dans ces proportions si le réseau comporte un transport en commun en site propre). Par rapport à Marseille, Aubagne avait un foncier important, ce qui nous a permis de faire venir de nombreuses entreprises. L’agglomération a facilité leur implantation par la mise en place d’un guichet unique.
Pourquoi avoir opté pour la gratuité plutôt que l’extension de la gamme de l’offre de mobilité ou la baisse des tarifs ?
Au début, c’était une volonté politique, une promesse de campagne qui a fait des vagues, surtout auprès des villes comme Marseille qui font toujours payer les transports publics. Aubagne est considérée comme une ville mettant un peu la panique ! Nous avons d’ailleurs été déférés par le tribunal administratif, car la DSP de 2008 ne contenait pas cette clause de gratuité. Il a donc fallu discuter avec Veolia. On s’est aperçus à l’époque que sur 2 millions que coûtaient les réseaux de bus, les recettes de billettique se montaient “seulement” à 700 000 euros, une somme très rapidement comblée par l’augmentation du VT.
Cette offre est donc adaptée aux communes qui ont une forte activité économique ?
Effectivement, certaines communes ont trop peu de surface commerciale ou industrielle.
Quels sont les éléments indispensables pour faire qu’une telle mesure soit applicable ?
C’est d’abord une volonté politique, car ce n’est pas sur les transports que vous gagnez de l’argent. Les habitants ont tendance à vouloir quitter le centre-ville et quand ils sont à l’extérieur, il leur faut un accès à tous les réseaux dont les transports en commun. C’est ensuite une volonté financière : à Marseille par exemple, la moitié de la population ne paye pas d’impôts donc il serait impossible de passer les transports en commun en gratuit.
Avez-vous développé cette offre au détriment d’une autre ?
Absolument pas. Nous avons bien continué à dire que la gratuité serait maintenue après l’élection. On avait la population derrière nous, même si au début elle n’y croyait pas trop. On l’a tenue et on l’a développée.
Que répondez-vous à ceux qui accusent la gratuité dans les transports de tirer la qualité de l’offre vers le bas ? Le délégué général de l’UTP Bruno Gazeau a notamment déclaré « nous sommes opposés à la gratuité totale, nous pensons que tout service qui se respecte a un prix. Et nous pensons que le transfert modal ne se fait que lorsqu’on améliore la qualité de l’offre ».
La gratuité nous a permis d’augmenter l’offre modale et les usagers ne se sont pas trouvés vexés de ne pas payer ! Nous avons constaté qu’il y a moins de détérioration qu’avant, les habitants se sont appropriés leur bus, c’est devenu leur outil. On a travaillé avec l’entreprise délégataire et on a noué des partenariats avec des services de prévention de la délinquance, des missions locales, les services jeunesse. Et on a fait un accompagnement humain à bord des bus pour le lancement : de mai à septembre des médiateurs ont expliqué la mesure, rappelé les règes d’utilisation et surtout rassuré les conducteurs qui craignaient qu’il y ait plus d’agressions. Au départ, nous étions tous frileux, moi y compris. Au final personne ne s’attendait à ce résultat et socialement parlant, tout le monde a été étonné.
Bilan de la gratuité à Aubagne
> Remboursement des recettes : + 700 k
> Suppression de la billettique et diminution de la présence en point d’accueil : - 160 k et - 60 k
> Total des financements supplémentaires nécessaires : 1 560 k
> Recettes supplémentaires du à l’augmentation du VT de 0,6 à 1,5 % : 2 200 k Mesure financée intégralement par l’augmentation du VT grâce au passage du seuil de 100 000 habitants au 1er janvier 2009, sans aucune augmentation des impôts locaux.
Résultats de fréquentation
> Cumul sur 10 mois sur les lignes régulières : + 20 %
> Voyages cumulés depuis le 15 mai 2009 : + 79 % sur les lignes régulières, 79 % sur les TAD et 15 % sur les scolaires.
> Nombre de voyages réalisés au kilomètre : de 1 à 1,39
> Coût par voyage, recette déduite : 3,93 euros avant la gratuité et 3,21 au passage à la gratuité. Avant la gratuité, le réseau était sous-utilisé.
Crédit photo : Marc Munari / Ville d’Aubagne
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