« Il ne faut pas conserver le patrimoine en le mettant sous cloche »
par Rémy Lombard | 03.09.10

A l’occasion de l’ouverture de l’Université d’Eté 2010 de l’EIVP, Danièle Pourtaud, adjointe au Maire de Paris chargée du Patrimoine a exposé sa perception de l’articulation entre patrimoine et ville durable : « il ne faut pas conserver le patrimoine, en le mettant sous cloche ». Paris et ses 1800 monuments historiques sont particulièrement concernés par cette problématique. Danièle Pourtaud rappelle que la protection du patrimoine passe avant tout par une valorisation durable du bâti, et non pas, par une simple conservation d’un passé figé.
L’ancienne sénatrice ne se cache pas de puiser son inspiration auprès de Luc Noppen (professeur au Département d’études urbaines et touristiques de l’Université du Québec à Montréal depuis 2001) : « La conservation est un ensemble d’opérations qui nous permettent de maintenir certains éléments du paysage construit en les valorisant. C’est un processus dynamique, car le patrimoine n’est pas tant l’héritage que l’on transmet à nos enfants que celui avec lequel on peut se projeter dans l’avenir ».

Danièle Pourtaud
Paris, une ville au riche patrimoine
Afin d’étayer son discours, Danièle Pourtaud a rappelé les grands chiffres concernant la capitale française : le territoire parisien s’étend sur 105 km2 pour une population de 2,2 millions d’habitants intra-muros. Ce territoire limité et donc dense, comporte beaucoup de bâti ancien : sur les 110 000 bâtiments qu’abrite la ville, 1800 sont protégés au titre des monuments historiques et les deux tiers du territoire parisien sont soumis à des servitudes d’urbanisme car environnés par des sites inscrits et classés.
Sur le plan de la réglementation, deux plans de sauvegarde et de mise en valeur issus de la loi Malraux de 1962, ont été mis en place : celui du Marais et celui du 7ème arrondissement. En parallèle, la ville s’efforce de développer le logement social pour respecter l’impératif de la loi SRU de 2000 et remplir ses objectifs du plan climat. Et Danièle Pourtaud de citer l’exemple de l’hôtel particulier Dodin, transformé en logement social : « Les volumes plus importants que ceux dont on a besoin dans un logement, ont permis de faire des boîtes dans la boîte ». L’avantage était de ne pas toucher à la structure et aux décors, assurant la réversibilité de ces aménagements intérieurs et permettant de régler de fait les problèmes d’isolation.
Les actions pour rendre durable le patrimoine
Pour rendre la ville durable, le premier enjeu est d’ailleurs l’isolation des bâtiments anciens. L’isolation extérieure pose les problèmes de l’alignement des rues, de la disparition d’éléments remarquables et de la taille des ouvertures, qui peuvent parfois casser l’harmonie des rues. La configuration et l’emplacement des immeubles des parcs sociaux de la ceinture des HMB, entre les boulevards des maréchaux et le périphérique, ne permettent pas par exemple de rajouter des couches à l’extérieur sans défigurer ce paysage urbain de briques rouges. L’isolation intérieure si elle peut être la solution dans ce cas, fait tout de même perdre des m2 habitables, et par là, du confort au logement.
Le second enjeu est l’intégration aux bâtiments de techniques de production d’énergie renouvelable. L’installation des panneaux photovoltaïques au Vatican est un exemple intéressant sur lequel Danièle Pourtaud se fonde pour justifier son grand intérêt pour cette alternative durable : la rénovation des toitures d’églises a en effet un coût important et l’intégration de panneaux solaires pourrait permettre d’amortir les coûts de réfection, produire de l’énergie verte et réduire les coûts de chauffage.
Enfin, même si cette thématique touche moins Paris, l’articulation du patrimoine et des transports dans les villes demeure problématique. Les aménagements de voies express pour fluidifier la circulation ou les élargissements des voies doivent par exemple être conçus au regard de la protection du patrimoine.
Devant ces sujets complexes, Danièle Pourtaud en appelle à des approches transversales entre les ingénieurs, les architectes, les urbanistes, les historiens et les historiens d’art.
Crédit photo : la soeur karamazov
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