InnovCity

C2EI

Jeudi 17 mai 2012

Commenter Partager

Producteurs et consommateurs s’unissent pour former des communautés solidaires

Social | 3 réactions

par Elsa Sidawy | 12.01.11

une_ruchequiditoui2_110112

Voilà un entrepreneur qui a du piquant. Guilhem Chéron prépare sa recette depuis un an et demi dans les règles de l’art. Se basant sur le succès des AMAP (Associations pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne) qui créent un lien direct entre le producteur et le consommateur, ce designer industriel de formation a inventé une nouvelle formule : « La ruche qui dit oui ! », visant à ouvrir le concept au-delà des simples consommateurs avertis.

La ruche est en réalité un groupement de quarante à cinquante foyers situés dans une même zone géographique qui vont se réunir pour faire appel aux producteurs de leur choix et se fournir directement auprès d’eux, court-circuitant ainsi le passage par la case distributeur. Pour être plus précis, c’est le producteur qui calcule lui-même ses prix en fonction de sa zone de chalandise : il lancera lui même les propositions auprès de la ruche en proposant de livrer un certain volume de ses produits, fruits ou légumes par exemple. Une fois le quota atteint, mettons 50 kg de fraises par communauté, la ruche valide la commande, La ruche a dit oui ! et le producteur peut embarquer sa marchandise pour aller livrer ses ouailles. Au final, des prix plus justes et une démarche équitable entre l’offre et la demande.

Une AMAP en douceur
Contrairement aux AMAP, que Guilhem Chéron considère comme plus avantageuses pour le producteur que pour le consommateur, La Ruche qui dit oui ! a pour dessein de démocratiser le circuit court auprès du grand public. Ce que reproche à demi-mot aux AMAP cet entrepreneur aux airs de Jamie Oliver, le célèbre cuisinier anglais qui lutte contre la malbouffe, c’est leur côté sélectif, même si elles « réussissent à cristalliser un certain noyau de gens très engagés, les contrats étant définis par les producteurs eux-mêmes ». En montant son entreprise, ce fou de cuisine a cherché à rééquilibrer les curseurs pour faire accepter cette nouvelle façon de commercer en direct auprès des fournisseurs. « On a trouvé un outil qui va emmener les gens vers des logiques qui vont être proches des AMAP, mais en douceur. L’idée est un peu de redonner la main aux consommateurs », poursuit-il.

Contrairement aux abonnés des AMAP, ces associations d’agriculteurs auprès desquelles les consommateurs s’engagent à acheter des paniers sur une année, les abeilles iront elles butiner directement à la ruche. Plus concrètement, la ruche se réunit autour d’une reine qui sera la référente auprès du paysan et sa charge principale sera d’être présente à son domicile le jour de la livraison et de redistribuer les produits à sa communauté. La reine doit donc avoir un petit côté philanthrope, car si le rythme est peu contraignant, gérer une ruche de 50 abeilles peut vite un enfer question gestion : « c’est un projet très communautaire, où les gens partagent beaucoup de choses », explique Guilhem Chéron.
Les ruches sont donc ouvertes à tous, sous condition, pour celui qui souhaite se lancer dans l’aventure, de trouver une cinquantaine de voisins, amis, parents prêts à intégrer le groupe. Pourquoi se limiter à une cinquantaine ? « Pour que ce soit gérable au niveau humain », tranche simplement Guilhem Chéron.

une_ruchequiditoui_110112

Les ruches aiment l’espace
Le concept est plus adapté aux périphéries pavillonnaires qu’aux centres urbains, tout simplement pour des questions de logistique : s’il souhaite accueillir 50 cagettes de fraises chez lui, un étudiant parisien lové dans sa chambre de bonne sera vite dépassé. « Ce sont des lieux où la division sociale de voisinage est très importante. La communauté de voisins, c’est une des dynamiques de base de La ruche qui dit oui ! », lance comme un slogan Guilhem Chéron, rappelant de fait la dimension communautaire de son projet.
Mais comment un producteur peut-il s’en sortir s’il n’a pas la garantie de pouvoir écouler régulièrement sa production ? En fait, rien n’est défini à l’avance : une fois que les clients et les fournisseurs seront dans une relation directe, la confiance s’installera naturellement, mise Guilhem Chéron : « les ruches vont créer un écosystème à moyen et long terme avec des producteurs. Les contrats de récurrence viennent avec la confiance ».

Derrière cette entreprise solidaire, on trouve un vrai business model. Une commission de 20 % est ajoutée au prix affiché par le producteur, la note étant réglée par les consommateurs. 10 % reviennent à la personne qui gère la ruche et assure la redistribution et 10 autres à la start-up qui a mis sur pied cet « outil extrêmement simple et efficace, une véritable machine à créer du circuit court ».
L’équipe assurera en échange des liens avec les différentes communautés, en sourçant notamment les fournisseurs, et reste surtout garante des paiements aux producteurs auxquels « on assure un paiement à 7 jours, ce qui est un énorme confort pour eux ».

Instaurer des relations de confiance au sein de la communauté
Dans le respect de la ligne de conduite de départ, les producteurs devraient naturellement afficher leur attachement à l’agriculture biologique, même si Guilhem Chéron n’est pas aussi catégorique : « c’est la communauté qui décidera, mais les producteurs doivent remplir des conditions légales de base pour rentrer dans le réseau. On est certains que quand on est en relation directe avec ses consommateurs, on améliore sa production ». 
La ruche qui dit oui ! ne compte d’ailleurs pas s’arrêter aux fruits et légumes et s’attaquera sans doute aux produits d’entretien et aux produits de jardinage biologiques ou encore aux matériaux d’éco-construction, si l’entreprise parvient à prendre son envol dans les années à venir.

La petite équipée a en tout cas toutes ses chances puisqu’elle a déjà séduit Marc Simoncini, qui n’est autre que le fondateur de Meetic et Christophe Duhamel, de Marmiton.
Mais n’allez pas demander à Guilhem Chéron quelle mouche l’a piqué, l’entrepreneur garde les pieds sur terre : « le projet est ultra complexe pour l’instant car cela ne touche que des milieux en crise ». Côté consommateurs par contre, c’est déjà l’heure du buzz : « on sent une vague de volontés et des demandes d’ouverture de ruches alors qu’on a pas encore communiqué sur le projet », s’enthousiasme t-il. Le bricolage des cinquante premières ruches débutera en février sur le site et les premières commercialisations sont prévues pour septembre. Avant la naissance, l’heure est à la lune de miel.

http://www.vimeo.com/17644285

Pour en savoir plus sur l’innovation présentée dans cet article, contactez-nous à l’adresse contact@innovcity.com

Crédits photos : Emmanuel Douay – Flickr / La ruche qui dit oui !

Sur le même thème : , ,

Vos réactions

Marion | 18.01.11 à 15.04

I love this article!very well written!

dom | 11.03.11 à 17.32

a lire !:

agaribreizh@free.fr | 11.03.12 à 11.42

Ce n’est plus du circuit court puisque puisqu’il y a 2 intermédiaires qui prennent leur commision, donc aucun intérêt pour le consommateur qui se retrouvera avec un prix d’achat magasin, ni pour le producteur qui n’a en plus aucune garantie d’écouler sa production, il peut être évincé du jour au lendemain…

Partagez, réagissez, complétez, polémiquez ! Avec respect...

La Web TV des innovateurs

01.03.12 | Vincent Feltesse - Président de la communauté urbaine de Bordeaux

Toutes les vidéos

Agenda Innov'in The City

du 12 au 13 mai
Smart Mobility for better cities, La Rochelle, France.

le 25 mai
3e journée nationale du management de centre-ville, Paris, France.

du 26 au 27 mai
E-Mobility : rencontres franco-allemandes sur la mobilité électrique, Freiburg, Allemagne.