Avec les Smart Work Centers, la ville d’Amsterdam veut réduire la surface de ses bureaux de moitié
par Elsa Sidawy | 26.04.11
C’est un fait, toutes les métropoles sont aujourd’hui lancées dans une compétition effrénée visant à fouler la première marche du podium des villes durables. Amsterdam ne fait pas exception à la règle avec son ambition de parvenir à réduire de 40 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2025, par rapport aux niveaux de 1990. La ville a lancé le programme Amsterdam Smart City, comportant pléthore d’actions pour diminuer son empreinte carbone. L’une des plus innovantes consiste à inciter les agents de la ville à se rendre dans des Smart Work Centers, afin de diminuer les effets désastreux des migrations pendulaires quotidiennes sur leur qualité de vie et sur l’environnement.
Amsterdam, employeur intelligent d’une ville intelligente
Dans le cadre d’un projet pilote de trois ans amorcé en 2008, la ville a fait le pari de devenir un employeur exemplaire en incitant fortement ses salariés… à ne pas se rendre au bureau. Ou en tout cas à leur en donner le choix. A travers ce programme d’incitation, la ville s’est engagée dans une approche systémique du « travail intelligent » : « en donnant aux employés la possibilité de diminuer leurs trajets, on leur offre une façon de travailler plus durable. Leur qualité de vie s’améliore et l’employeur en retire des bénéfices », explique Frans-Anton Vermast, conseiller pour la stratégie de la planification urbaine bas carbone du programme Amsterdam Smart City. Derrière cette approche de management séduisante, la collectivité ne cache pas des ambitions plus pragmatiques puisqu’elle souhaite diminuer la surface de son foncier d’un tiers au cours des premières années et de moitié à terme. Pour y parvenir, l’initiative s’appuie sur le réseau déjà bien maillé de Smart Work Centers. Ces lieux de travail collectifs, où des indépendants côtoient des salariés mobiles dans une atmosphère de travail à la fois studieuse mais conviviale, ont l’avantage non négligeable d’offrir pléthore de services complémentaires. Garderies, consignes, services bancaires, cafeteria, salles des réunion… avec pour seul mot d’ordre, la flexibilité. Des sites situés à proximité de zones d’habitation, où « on apporte le travail au travailleur et pas l’inverse », note Bas Boorsma, directeur du programme Connected Urban Development chez CISCO, à l’initiative de ces centres nouvelle génération avec la ville d’Amsterdam.
Chaque année, la ville achète ainsi un crédit d’heures dans chacun de ces lieux dans lesquels la ville a initié un partenariat, pour offrir à ses agents des moyens similaires à ce qu’ils pourraient trouver en se rendant au bureau tous les matins. Des salles équipées d’ordinateurs et des iPads ont également été mis à disposition des plus mobiles d’entre eux. Les employés peuvent ainsi choisir aujourd’hui de se rendre dans l’un des 30 centres de travail situés dans la ville et en périphérie, pour travailler ou organiser une réunion, afin de gagner du temps sur leurs trajets. Cette nouvelle façon de concevoir le travail est pour les autorités un moyen de stimuler l’innovation et de bousculer positivement le côté ronflant de l’institution publique.
Des freins venus de la hiérarchie
Mais la démarche est plus complexe qu’il n’y paraît : malgré cette proposition offerte à tous les employés municipaux, les principaux freins viennent de l’encadrement : « Nous avons remarqué qu’il fallait surtout changer la culture de l’employeur car ce dernier veut être en contact permanent avec ses employés », sous-entendu pour pouvoir contrôler leur travail effectif. Cependant, la ville peut aujourd’hui se targuer d’avoir réussi à convaincre 8 % de ses employés de passer en mode « Smart Work Center », tout en visant un chiffre raisonnable de 15 %. Celle que l’on surnomme la Venise du Nord souhaite, au-delà de ce travail de sensibilisation, faire entrer ses employés dans une démarche vertueuse : « en incitant les personnes à se déplacer plus intelligemment, vous les sensibilisez également à entrer dans le projet de ville intelligente. Vous les rendez conscients de la façon dont ils peuvent réduire leurs émissions dans leur vie professionnelle tout en les incitant à reproduire ce schéma dans leur vie quotidienne », souligne encore Frans-Anton Vermast.
Si la ville n’a aujourd’hui pas encore beaucoup de données chiffrées à fournir pour appuyer les premiers résultats, il n’en reste pas moins que l’investissement concédé à ce programme, lourd dans un premier temps, semble payant. Pour chaque agent, le gain en productivité atteindrait en effet les 20 jours par an. Un bénéfice colossal à l’échelle d’une collectivité qui compte aujourd’hui plus de 21 000 agents. Reste encore à la ville à déterminer ce qu’elle fera de ses bâtiments publics devenus inoccupés. En faire du logement social ? « A Amsterdam, 70 % des habitations sont déjà des logements sociaux », affirme Frans-Anton Vermast. Un autre chiffre qui devrait laisser pantois les responsables de collectivités locales françaises.
Le programme « Connected Urban Developpement » est né à l’initiative de l’entreprise CISCO qui s’est engagée en 2006 à participer à la diminution de l’empreinte carbone des villes, en utilisant les moyens offerts par les technologies de l’information et de la communication. L’idée des Smart Work Centers n’a pas tardé à émerger suite à cette prise de conscience et le premier site pilote a été ouvert dans la ville d’Almere en banlieue d’Amsterdam en 2008. Depuis, 108 Smart Work Centers labellisés à travers le réseau Double U ont vu le jour en Hollande. Ces lieux, qui ont chacun des business models différents de privés à semi-privés, fournissent un cadre de travail agréable pour les jeunes entreprises, les travailleurs indépendants ou les personnes souhaitant se retrouver dans des conditions intellectuelles stimulantes. Le plus de ces centres mixtes est la panoplie de services qu’ils offrent à leurs adhérents : garderie, banque, cafétéria… mais aussi la téléprésence, avec des salles de réunion équipées par CISCO. L’objectif à terme : que chaque travailleur puise accéder à l’un de ces centres dans tout le pays, en moins de 15 minutes de vélo. Avec la Hollande, la Corée du Sud est également l’un des pays les plus en pointe dans le domaine des tiers lieux dédiés au travail.
En France, le cluster Green and Connected Cities réunit différents partenaires publics et privés pour réfléchir et créer un réseau d’éco-centres 2.0 sur un modèle similaire.
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Crédits photos : Smartworkcenter-amsterdambrightcity.nl / Matthijs Borghgraef - Flickr
Sur le même thème : amsterdam, Smart Work Center, téléprésence, télétravail, ville durable, ville intelligente









neo-nomade.com | 28.04.11 à 10.16
A quand des centres similaires en France? Il est certain que ce type d’initiatives favoriserait largement le développement du télétravail, et permettrait peut-être de rattraper notre retard.
Un outil permet déjà de trouver des lieux alternatifs en France, des télécentres aux espaces de coworking : http://www.neo-nomade.com/. Référencement, géolocalisation et description détaillée des lieux de télétravail - cet outil se nourrit également des référencements faits par les télétravailleurs eux-mêmes… Avis aux volontaires!