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Lundi 21 mai 2012

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Open data, partage des données et renouvellement du service public

Social | 3 réactions

par Bruno Caillet | 22.08.11

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Le mouvement d’ouverture des données publiques participerait à faire de nos territoires des espaces plus démocratiques et à créer un service public plus transparent, transverse et efficace… Aujourd’hui, cette alléchante promesse conduit nombre de métropoles françaises à enclencher ce processus d’open data initié par les pays anglo-saxons. Toutefois cette perspective devient trop vite un objectif en soi, laissant la place aux questions techniques de mise à disposition des données libérées, les questions économiques et plus encore l’enjeu politique sous-tendu par l’open data étant délaissés de manière totalement injustifiée. Une tribune de Bruno Caillet, designer relationnel à l’agence Le Hub.

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Bruno Caillet

Le mouvement de l’open data conduit les acteurs publics à opérer un changement de point de vue quant à leur manière d’aborder les problématiques urbaines. Les réponses traditionnelles qui consistent à pallier certains déficits urbanistiques ou problèmes sociaux à grands coups d’infrastructures (routes, rails, équipements culturels et de loisirs…) sont très incomplètes, voire obsolètes. Le développement de services numériques facilité par l’ouverture des données s’inscrit en complémentarité des infrastructures. Lorsqu’on sait qu’il suffirait de détourner 3% des flux de voyageurs afin de désengorger une partie du trafic francilien, il est tentant de chercher à influer sur le comportement des voyageurs pour modifier leurs habitudes (cf projet de R&D Ma Micro Planète).
Pour ce faire, l’open data ne doit pas rester focalisée sur la transparence des budgets des collectivités ou sur l’efficience du fonctionnement des transports en commun, mais doit permettre de développer une vision systémique du territoire et de ses ressources.

Privatisation et segmentation du service public

Au-delà de l’approche infrastructurelle, l’open data pose paradoxalement la question de la privatisation du service public. Ces données, déversées dans un pot commun (les plateformes de stockage des données), suffiraient selon la promesse, à revivifier une démocratie décrétée comme participative comme ouvrir une salle de spectacle suffirait à faire culture. Or, peu de personnes ont en réalité la capacité de comprendre et encore moins de traiter la plupart des données à disposition. Quel serait le sens de la plus belle bibliothèque du monde dans un univers d’analphabètes ? Les données libérées ne bénéficient aujourd’hui qu’au cercle très restreint des développeurs informatiques à même de comprendre ce langage et de le transformer.
D’autre part, nous savons que nombre de solutions mobiles n’ont pas d’économie car n’atteignent pas le seuil d’audience suffisant pour exister et pour créer un possible modèle de développement. Les logiques de concours d’applications telles qu’impulsées par Rennes par exemple sont louables mais ne sont pas élaborées dans une dynamique de convergence.
Il est surprenant que ceux réclamant l’ouverture au nom du bien public, ne s’étonnent pas de l’usage qui peut être fait de ces données par des acteurs privés. Est-il sain, envisageable, qu’une telle ouverture ne procède pas d’un échange multilatéral ?

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Vos réactions

Hugues Aubin | 23.08.11 à 13.11

Tout à fait d’accord. Même si un grand pas à été fait (il y a peu de temps, ouvrir et partager les données et les flux publics relevait de l’insulte aux gardiens du temple), force est de reconnaître que très peu de projets intègrent aujourd’hui :

- la recherche d’une gouvernance territoriale autour des usages des données
- les données des acteurs privés sur les territoires (très contents que les données publiques se libèrent, mais peu soucieux de partager les leurs)
- l’utilisation des données comme outils de visualisation du territoire, de support de débat et d’aide à la décision (voir cet atelier organisé à Rennes :http://blog.visualisons-rennes.fr/ )
- la garantie d’utilisation simple par le plus grand nombre (assurer accessibilité et services publics de base au sein de l’écosystème public-privé qui se développe. Pas encore de widgets embarquables proposés par les territoires, etc).

Par contre je ne comprends pas pourquoi tu dis à la fin : “ne peut faire l’économie d’un traitement délégué”. Tu penses que la puissance publique doit déléguer quoi et à qui concernant le traitement de la data ? A ce jour tout le monde est bien content qu’elle mette beaucoup d’énergie à maintenir et développer les hangars de stockage, les robinets de distribution et la démarche d’accroissement du stock de data disponible.
H.

Bruno Marzloff | 27.08.11 à 07.11

En réponse à Hugues. Ce qui ne peut être délégué, c’est la garantie de “l’open”. “L’ouverture” de la donnée et ses caractéristiques (accessibilité, transparence, fluidité, intégrité…) relèvent bien sûr de la puissance publique. En revanche, et c’est là l’enjeu des “délégations”, cette circulation d’une masse considérable de données crée une dynamique, un marché dont la puissance publique n’est qu’un des contributeurs et un des acteurs. Si on admet le brassage des données (ce qui implique aussi celle des transactions qui les accompagnent) issues du crowdsourcing, des monitoring des entreprises, des traces de l’internet des objets, etc. joue avec la production d’informations de la puissance publique, alors il faut d’autres mécanismes, d’autres régulations, d’autres modèles et d’autres acteurs. C’est d’ailleurs bien ce que nous cherchons à instruire à la fois dans la saison 2 du programme Datact, mais aussi par une réponse au grand emprunt de l’Ademe avec des expérimentations sur le territoire des Haut de Seine où ces réponses seront explorées avec notamment La Poste et Astrium.
BM

aCoussy | 6.09.11 à 16.01

Je ne vais pas forcément dans votre sens, Bruno, concernant l’importance d’une lisibilité des données par n’importe qui. Je pense qu’il est important de conserver des données les plus brut possible. En effet, chaque traitement de donnée génère une interprétation. L’effort d’apprentissage pour l’utilisation de ces données est, selon moi, le prix à payer pour une donnée brut, non interprétée.

Lors de la mise en oeuvre, une des difficultés rencontrées, dont on ne parle que trop rarement, est la difficulté d’ouvrir les données appartenant aux délégations de service publique. Quelqu’un a-t-il des solutions à proposer sur ce sujet (Discussions juridiques, Close à intégrer lors de marchés, etc.) ?

Pour enrichir le débat sur la dynamisation de l’utilisation de ces données. Elle pourrait, selon moi, s’appuyer sur le modèle des subventions accordées aux associations. Associations qui pourront proposer des première interprétation sous forme de widget (comme vous le mentionnez Hugues), des applications mobiles, des datavisualisation, etc.

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