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Mercredi 22 mai 2013

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L’innovation est aussi dans les stratégies

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par Jean Haëntjens | 05.09.11

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Le foisonnement d’innovations urbaines est-il contre-productif ? Si certaines villes n’hésitent pas à expérimenter à tour de bras sans réelle logique apparente, d’autres ont adopté une stratégie de long terme pour combiner les innovations au service d’une ville plus intelligente et plus durable. Jean Haëntjens, économiste et urbaniste qui dirige la société de conseil en stratégies urbaines Urbatopie, revient dans cette tribune sur l’importance pour les villes d’aborder l’innovation avec une approche cohérente et maîtrisée.

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Jean Haëntjens

Le site Innov’ in the City témoigne du foisonnement d’innovations qui se déploie aujourd’hui dans les villes, et en particulier dans les villes européennes. Ce foisonnement concerne tous les champs des politiques urbaines (transports, urbanisme, vie sociale, culture, production d’énergie, environnement…) et déborde largement le cadre de l’innovation technique. L’organisation urbaine (le plan), la réglementation, la tarification, la mobilisation des acteurs et même la création d’un imaginaire collectif y jouent un rôle essentiel.

Ces leviers peuvent être comparés aux touches d’un clavier. Lorsqu’elles sont jouées  en harmonie, elles peuvent déclencher une formidable dynamique, comme l’ont montré ces villes (Copenhague, Bilbao, Saint Nazaire…) qui, en une ou deux décennies, ont réussi à changer de destin. Mais la cacophonie peut aussi se produire. Lorsqu’elles ne sont pas coordonnées par une vision d’ensemble, les innovations urbaines peuvent même devenir contre productives. C’est le cas, par exemple, de certains réseaux de transports urbains qui, tout en étant performants sur le plan technique, ont favorisé l’étalement ou accru la pression immobilière dans les centres.

L’observation que j’ai pu faire des politiques menées par les principales villes européennes m’a convaincu du rôle essentiel que jouait la solidité des stratégies dans les processus d’innovation. Une ville peut très bien accumuler les gadgets innovants sans rien changer à sa trajectoire. Une autre peut la modifier en tissant méthodiquement des cohérences moins visibles mais essentielles : cohérence entre composition urbaine et réseaux de transports, entre réseaux transports et action sociale, entre lieux de culture et hubs d’échange, entre renforcement des contraintes et offre de nouveaux « plaisirs urbains », entre vie quotidienne et sentiment d’appartenance.

Les notions de liens, de cohérence et de résonances sont les « maîtres mots » des stratégies qui fonctionnent. L’un des défis que doivent relever les villes qui se veulent durables est en effet d’enrayer une dynamique qui, depuis cinquante ans, les conduit à se fragmenter en isolats étanches et monofonctionnels : zones commerciales, zones d’activité, parc de loisirs, campus, lotissements, quartier d’habitat social… Si la séparation est une notion simple, le mélange (ou la mixité) est une notion bien plus subtile. Le principe vaut pour la mayonnaise mais également pour les villes.

Le cas du véhicule électrique - enjeu essentiel pour les villes de demain - illustre bien le rôle de cette mise en cohérence stratégique. Si l’objectif est seulement de remotoriser à l’électricité la voiture routière classique, l’impact environnemental et qualitatif sera faible, pour un coût élevé. Si le développement de la voiture électrique est intégré dans une stratégie de mobilité multimodale visant le « zéro émission », il peut permettre de faire franchir aux villes un véritable saut qualitatif. Les voitures routières sont alors remplacées, en milieu urbain, par des véhicules électriques plus légers, moins puissants, parfaitement adaptés à une circulation à 50 km/h, moins gourmands en espace, et plus compatibles avec les modes de circulations doux. Le handicap structurel de la voiture électrique (autonomie, coût des batteries) devient alors un atout pour imposer un autre système de mobilité, caractérisé par des vitesses modérées, des distances courtes, une relative compacité, un autre rapport à la voiture, une répartition plus équilibrée entre modes.

On peut penser que les villes qui, les premières, oseront imposer ce nouveau mode de ville (Stockholm pourrait en faire partie) prendront une avance importante sur les autres. Elles déclasseront les « villes à essence » aussi sûrement que l’automobile avait déclassé, au siècle dernier, le moteur à crottin. Pour y parvenir, elles devront jouer à la fois sur la réglementation en interdisant les véhicules polluants (comme le font déjà Stockholm, Utrecht ou Berlin dans certaines Low Emission Zones), sur la tarification (celle de l’électricité et des stationnements), sur les infrastructures (les bornes de recharge, les interfaces avec le train, les voies piétonnes et cyclables), sur la composition urbaine, mais aussi sur le design (des voitures, des bornes). Elles devront, en somme jouer sur toutes les touches du clavier.

Cet exemple illustre le fait que les innovations qui pourront changer le destin de nos cités relèvent plus de la « combinaison nouvelle de technologies existantes » (le tramway, le vélo, le moteur électrique) que de technologies nouvelles.

Appliquée aux villes, la notion de combinaison nouvelle renvoie inéluctablement à celles de transversalité, de cohérence, et donc de stratégie.

Jean Haëntjens, économiste et urbaniste, dirige Urbatopie, société de conseil en stratégies urbaines. Il collabore avec différentes administrations, institutions et universités françaises et européennes sur la question des « stratégies urbaines durables ». Il a publié plusieurs livres et articles sur ce sujet.

  • Bibliographie : Haëntjens, Jean, « Le pouvoir des villes », L’aube, 2008
  • Haëntjens, Jean, « Urbatopies », L’aube et Essec, 2010
  • Haëntjens, Jean, « La ville frugale», FYP éditions, 2011

Crédit photo : Place Napoléon / eelv 85

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